Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/81

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Je m’inquiétai :

— Midi !… mais tu m’avais parlé, pour toi, d’une vie bornée aux heures nocturnes. Comment puis-je encore te garder ici ?

— C’est affaire entre moi et Perséphone, fit-elle avec un sourire singulier. Causons. Je n’ai pas fini d’injurier ton époque.

J’étais un peu las, et cependant nerveux.

— Assez, dis-je, je t’en prie. Parlons de nous, veux-tu ? Laissons le monde, meilleur ou pire… Toi seule m’intéresses.

— Alors, écoute-moi. Tu n’es pas convaincu. Je continuerai jusqu’à ce que tu avoues. Vraiment, je reviens désolée de mon second voyage sur la terre. J’aurais dû rester au tombeau, avec le rêve d’un temps plus pur où j’avais grandi dans la joie. J’ai besoin de dire à quelqu’un sur quelles déceptions je termine ma promenade et que j’en veux à ton siècle pour toutes les surprises qu’il ne m’a pas offertes. Vois-tu, le monde est un jeune homme qui donnait des espérances et qui est en train de rater sa vie.

— Je ne sais pas… Il me semble pourtant que nous avons beaucoup pensé, beaucoup créé depuis ta mort. Le siècle où nous vivons n’est pas si méprisable.

— Il l’est ! un peu par son impuissance et plus encore par sa fatuité. Non ! vous ne pensez pas ; et vous ne créez pas ! Vous êtes des Phéniciens