Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/87

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— Qui sait ? As-tu essayé ?

— Jamais ! Comment, tu es de ceux qui se livrent à cet exercice ridicule ?

— Soixante fois par jour. C’est même la seule occupation régulière dont j’aie consenti à charger ma vie.

— Et elle te plaît ?

— Je crois véritablement que je me résignerais à ne pas toucher la main d’une femme pendant une semaine tout entière, plutôt que de me voir séparé de mes cigarettes pendant le même laps.

— Tu exagères.

— Presque pas.

Elle était devenue rêveuse.

— Eh bien ! donne-moi une cigarette.

— Je te l’offrais.

— Allume-la. Comment fait-on ? On aspire ?

— Les jeunes filles soufflent dedans ; mais ce n’est pas le meilleur moyen. Il vaut mieux aspirer, en effet. Prends une bouffée. Ferme les yeux. Une autre…

En quelques minutes, Callistô avait mis en cendres son petit rouleau de feuilles orientales. Elle en jeta le bout à demi-consumé, où le fard de ses lèvres avait laissé du rouge.

Il y eut un silence.

Elle évitait même de me regarder. Elle avait pris le paquet carré dans sa main, qui me parut agitée comme par une légère émotion, et après