Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/86

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Elle étendit les mains… Puis, brusquement :

— D’ailleurs, c’est Pythagore qui a découvert Neptune.

Je m’affaissai.

— Parfaitement, expliqua-belle inexorable. Pythagore avait trouvé que le système solaire devait se composer de dix astres. Je ne sais plus sur quoi il se fondait pour affirmer ce chiffre ; mais comme son disciple Philolaos devait discerner plus tard, sans aucun instrument à lentille, et bien des siècles avant Copernic, le double mouvement de la terre autour de son axe et autour du feu central ; comme sans doute il ne t’est pas possible de comprendre comment une pareille découverte a été établie avec le seul secours du raisonnement, tu n’as pas le droit de préjuger que l’hypothèse de Pythagore ait été avancée témérairement et se soit confirmée par hasard. J’ai dit.

Je ne luttais plus.

— Veux-tu une cigarette ? demandai-je.

— Comment ?

— Je dis : Veux-tu une cigarette ? Sans doute, cela aussi nous vient de la Grèce, puisque c’est Aristote qui a…

— Non. Je ne vais pas jusque-là. J’avoue que nous ignorions cette inepte habitude, qui consiste à s’emplir la bouche avec de la fumée de feuilles. Mais je pense que tu ne prétends pas m’offrir ceci comme un plaisir ?