Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/95

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coup un homme et une femme. D’un coup du poing. C’est un bon couteau.

Un homme et une femme ? Nous voulûmes savoir l’histoire. Le Marocain hésitait. Enfin, il se laissa prier.

Nous nous assîmes sur un talus vert, dans un tournant de la vallée où les fleurs inondaient la terre. Une végétation prodigieuse descendait des flancs de la montagne : térébinthes et palmiers nains, phyllireas, micocouliers. Des buissons de myrtes et de lentisques et de bruyères arborescentes environnaient les jujubiers couverts de feuilles printanières. Des tamaris et des buplèvres croissaient au bord d’une eau fuyante où frissonnaient des lauriers-roses.



El Hadj Omar avait eu un frère, Mahmoud ben Abd-el-Nebi, caïd, avant lui, de Sidi-Mallouk.

Mahmoud était déjà mari de trois femmes et, depuis longtemps, il ne songeait plus à de nouvelles épousailles lorsqu’il rencontra une jeune fille errante, et devint fou d’amour pour elle, tout à coup.

Elle se nommait Djouhera. Djouhera est un mot qui veut dire « la perle ». Elle venait des plaines de la Tunisie et portait le costume de son village : une simple tunique rouge ouverte sur le flanc droit