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III


DE COMPONG-LUONG À ANGCOR WAT — NOTIONS GÉNÉRALES SUR LES MONUMENTS CAMBODGIENS OU KHMERS[1].


Quand on pénètre dans le Grand Lac par l’une des nombreuses entrées qui communiquent avec le bras de Compong-luong, le regard reste saisi et attristé de l’aspect que présente cette immense nappe d’eau jaunâtre, qui s’étend à perte de vue dans la direction du Nord-Ouest. Une ligne basse et continue d’arbres rabougris la limite de tous les autres côtés, sans que nulle part on découvre la rive ou que l’on devine une plage où le pied puisse se poser à sec. L’eau se perd avec un clapotis sourd sous les arceaux de ces forêts noyées et inhabitables, et l’on éprouve une sensation d’isolement, une sorte de réminiscence du désert, que la vue de rares barques de pécheurs, glissant au loin, ou stationnant au milieu des arbres attachées à une branche, suffit à peine à dissiper.

En quelques points des rives, les arbres ont été abattus et l’on aperçoit à leur place avec étonnement des gerbes de riz, régulièrement plantées, élever leurs têtes au-dessus de l’eau et ce champ mobile suivre les variations du niveau du lac, jusqu’à ce que la baisse des eaux permette de venir le récolter à pied sec.

Au Sud, les sommets bleuâtres des petites montagnes de Pursat dominent de saillies

  1. L’étude sur les monuments Khmers contenue dans ce chapitre n’est que la reproduction presque textuelle d’un travail du commandant de Lagrée, retrouvé dans ses notes. Je me suis contenté d’y faire les additions nécessaires pour établir la suite des idées et des faits et d’y introduire les corrections que m’a suggérées la visite des monuments découverts après sa rédaction, toutes modifications que le commandant de Lagrée eût certainement faites lui-même. F. G.