Page:Louis Delaporte - Voyage d'exploration en Indo-Chine, tome 1.djvu/52

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parallèles étaient tracées aux extrémités du bloc à détacher ; suivant chacune d’elles on creusait normalement une série de trous de deux ou trois centimètres de diamètre et d’une profondeur à peu près égale ; à l’aide de ciseaux en fer, à quatre faces de pointe et d’une longueur variant de trente centimètres à un mètre, on faisait sauter la matière intermédiaire, et on régularisait l’entaille ; puis on perçait de nouvelles séries de trous, jusqu’à obtenir des canaux ou tranchées de dix à quinze centimètres de large, que l’on poussait jusqu’à la séparation complète de la pierre.

À peu de distance des carrières, aboutit une grande chaussée en terres levées qui conduit à Angcor. Les pierres extraites suivaient sans doute cette voie. Mais ces carrières ne sont point les seules que contienne la montagne : à Ben, la chaussée fait retour vers le nord-est, et les habitants signalent de nouveaux centres d’exploitation dans cette direction. Plus loin dans l’est, près de Méléa, le grès affleure également le sol.

Toutes ces carrières seraient intéressantes à visiter, et il serait bon de rechercher surtout celles qui ont fourni les matériaux d’une finesse extrême que l’on trouve à l’intérieur de certains monuments. Peut-être, nous le répétons, en est-il de plus voisines de la pagode et de la ville d’Angcor que celles que nous venons de signaler. Mais le point essentiel à établir était celui-ci, qu’à trente ou quarante kilomètres des ruines, on rencontre le grès en masses énormes, et que les traces de l’ancienne exploitation sont assez considérables en ce point pour qu’on puisse admettre que la majeure partie des matériaux employés en a été extraite. Cette affirmation peut être étendue aux autres monuments disséminés dans le reste du royaume. Quand le grès a été employé dans leur construction, on est certain de le rencontrer dans leur voisinage à une distance qui n’excède jamais dix lieues.

3o Les briques cuites. — Ce genre de matériaux semble, à Angcor même, appartenir à une époque postérieure à celle des grands monuments. On rencontre, çà et là, de petits sanctuaires et de petits édifices d’ordre tout à fait secondaire, qui en sont construits ; mais partout où ils sont juxtaposés aux constructions en grès, ils paraissent de superfétation, et l’on s’aperçoit bien vite que leur adjonction n’avait pas été prévue dans le plan primitif. La brique ne semble donc avoir remplacé la pierre que quand la fatigue et l’affaissement ont eu gagné les architectes et les ouvriers. L’emplacement d’Angcor n’est pas du reste favorable à sa fabrication. La terre à brique y est assez rare et de mauvaise qualité.

Dans d’autres parties du Cambodge, où sans doute la pierre manquait, il en était autrement. On y retrouve des tours et d’autres constructions importantes, bâties en belles briques de trente-cinq centimètres de long sur vingt centimètres de large, richement ornementées sous le rapport architectural, d’un moulage excessivement soigné et permettant un assemblage irréprochable. Leur fabrication est peut-être là contemporaine des grandes époques.

Ce ne serait d’ailleurs que par des études plus complètes et plus minutieuses que l’on pourra arriver, sur ces différents points, à des conclusions absolues.

Murs. — Quelle que fût leur destination, les murs étaient formés de blocs rectangulaires ou cubiques assemblés sans ciment. Le choix de la pierre, sa grosseur, la précision de l’appareillage variaient avec l’importance de la construction. On employait autant que