Page:Louis Delaporte - Voyage d'exploration en Indo-Chine, tome 1.djvu/58

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lèlement à eux-mêmes d’une certaine quantité, le petit axe vers l’ouest, le grand axe vers le nord. Le nombre des mesures exactes recueillies n’est point assez considérable pour affirmer que ce déplacement se fait suivant une loi certaine et toujours la même. Voici cependant comment on pourrait concevoir cette loi d’après l’étude des quelques édifices dont le plan a pu être reconstitué en entier. Tracez sur le terrain un carré orienté comme il est dit plus haut, menez-en les médianes ; transportez ensuite le côté est vers l’est d’un dixième environ de la longueur primitive du côté du carré ; transportez le côté sud vers le sud d’un quarantième de la même longueur ; le rectangle qui résultera du transport de ces deux côtés, et auquel on conservera pour axes les médianes du carré, donnera exactement la figure d’ensemble d’un monument cambodgien.

La loi qui tourne vers l’est la façade principale présente deux exceptions importantes : la pagode d’Angcor et celle d’Athvea, qui toutes deux font face à l’ouest et ont par suite leur grand axe transporté vers le sud au lieu de l’être vers le nord.

Les grands édifices peuvent être classés en deux catégories distinctes :

Les édifices à terrasses superposées et à galeries croisées. Quelques-uns — ce sont les plus beaux — réunissent ces deux modes de construction. Tels sont Angcor Wat, dont les galeries s’étagent, et Baphoun, dont les terrasses supportent des galeries. Ces deux genres de construction n’en restent pas moins très-nettement séparés. Dans tous les cas, terrasses ou galeries conduisent à un sanctuaire central qui est presque toujours une tour.

1o Édifices à terrasses. — Les terrasses, rectangulaires et au nombre de cinq ou de trois, s’étagent en retrait les unes par rapport aux autres. Chacune d’elles est soutenue par une forte muraille en pierre qui présente extérieurement de puissantes moulures horizontales d’un très-grand effet. Le vide intérieur est rempli de terre battue qui supporte l’étage supérieur. On monte au sommet de l’édifice par des escaliers à marches hautes et étroites qui règnent sur les milieux des quatre côtés. Ces escaliers suivent la division en terrasse, et leur largeur décroît à mesure qu’on s’élève, de telle sorte que les lions montés sur des socles qui sont placés d’ordinaire à leurs extrémités se démasquent tous et augmentent ainsi l’effet de perspective. Sur le pourtour de chaque terrasse, et surtout aux angles, on trouve quelquefois des tourelles ou d’autres constructions décoratives. Le plateau supérieur supporte presque toujours des tours en nombre impair. La tour centrale est, dans ce cas, plus élevée que les autres.

2o Édifices à galeries croisées. — Ils se composent essentiellement de trois enceintes rectangulaires formées par des galeries couvertes. Le rectangle intérieur est de tous le moins allongé vers l’est, et contient le sanctuaire ou la tour centrale. Entre ce premier rectangle et le second, l’espace est étroit et occupé en général par un fossé ou par des cours. L’intervalle est beaucoup plus considérable entre le second et le troisième rectangle. C’est sur le milieu des faces de celui-ci, qui est d’un aspect plus monumental que les autres, que s’ouvrent les portes d’entrée. Les trois enceintes sont reliées par des galeries médianes qui partent de la tour centrale et viennent aboutir aux portes. Dans les cours intérieures, s’élèvent sur les faces est, c’est-à-dire du côté où s’allongent les enceintes successives, de petits édicules rectangulaires et voûtés, placés symétriquement par