Page:Louis Napoléon Bonaparte - Histoire de Jules César, tome 2, Plon 1865.djvu/95

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n’obéiront pas, ne lèveront pas les enseignes (signa laturi)[1] : ces propos ne sauraient l’émouvoir ; le soldat ne méconnaît la voix de son chef que lorsque celui-ci est, par sa faute, abandonné de la fortune ou convaincu de cupidité ou de malversation. Pour lui, sa vie entière prouve son intégrité ; la guerre des Helvètes, son heureuse fortune ; c’est pourquoi, sans différer, il lèvera le camp dès le lendemain matin, car il est impatient de savoir si, chez le soldat, la crainte l’emportera sur l’honneur et le devoir. L’armée ne dût-elle pas le suivre, il partira seul avec la 10e légion, dont il fera sa cohorte prétorienne. César avait toujours affectionné cette légion, et, à cause de sa valeur, il avait en elle la plus grande confiance.

Ce langage où, sans recourir aux rigueurs de la discipline, César faisait appel à l’honneur, exaltant à la fois l’émulation et de ceux qu’il comblait d’éloges et de ceux dont il feignait de dédaigner les services, cette fière revendication des droits du commandement produisit une merveilleuse révolution dans les esprits et inspira aux troupes une vive ardeur de combattre. La 10e légion d’abord chargea ses tribuns de le remercier de la bonne opinion qu’il avait d’elle, et se déclara prête à marcher. Les autres légions lui adressèrent ensuite des excuses par leurs tribuns et leurs centurions de première classe, nièrent leurs hésitations et leurs craintes, et prétendirent n’avoir jamais porté sur la guerre un jugement qui n’appartenait qu’au général[2].


Marche vers la vallée du Rhin.

V. Cette agitation calmée, César s’informa des routes à suivre auprès de Divitiacus, qui, de tous les Gaulois, lui inspirait le plus de confiance. Pour se porter de Besançon dans la vallée du Rhin, à la rencontre d’Arioviste, l’armée romaine avait à parcourir le nord de la chaîne du Jura. Ce

  1. Cette expression latine indiquait la mise en marche des troupes.
  2. Guerre des Gaules, I, xli.