Page:Lucien - Œuvres complètes, trad. Talbot, tome I, 1866.djvu/43

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LE SONGE.

ments, et qu’elle entraîne vers le mal en corrompant leur bon naturel, ceux-là, j’en suis sûr, se sentiront encouragés par mon récit, en considérant de quel point de départ je me suis élancé vers une carrière glorieuse, épris de la Science, sans craindre la pauvreté, qui me pressait alors, et quel enfin je suis revenu vers vous avec autant de gloire, pour ne rien dire davantage, qu’aucun sculpteur[1].



II

À UN HOMME QUI LUI AVAIT DIT TU ES UN PROMÉTHÉE DANS TES DISCOURS.[2]

[1] Tu dis donc que je suis un Prométhée ? Si c’est, mon cher ami, parce que mes ouvrages aussi sont d’argile, j’admets l’allusion, et j’avoue que je lui ressemble. Je ne refuse point de passer pour un potier, dût la terre dont je me sers être plus vile que la boue des carrefours, et se rapprocher de la fange. Mais si c’est pour exalter l’artifice de mes discours, que tu les décores du nom du plus sage des Titans, prends garde qu’on ne voie une ironie, une raillerie à la manière attique, cachée sous ta louange. En effet, où est mon artifice ? Quelle étonnante sagesse, quelle prudente réserve y a-t-il dans mes écrits ? Il me suffit qu’ils ne te paraissent pas trop terrestres, ni complètement dignes du Caucase. Mais combien n’est-il pas plus juste de vous comparer à Prométhée, vous autres qui brillez au barreau et livrez de véritables combats ! Vos œuvres sont réellement vivantes et animées, et, par Jupiter ! toutes pleines de chaleur et de feu. C’est ce qu’on appelle être un vrai Prométhée, avec cette différence que vous ne pétrissez pas la boue, mais que vos compositions sont toutes d’or.

  1. Ce passage indique que cette pièce oratoire, précieuse pour la biographie de Lucien, fut prononcée par lui à Samosate, lorsqu’il y revint de ses voyages en Grèce, en Italie et en Gaule.
  2. Lucien avait quarante ans, lorsqu’il composa cette sorte d’apologie du genre littéraire qui l’a immortalisé. Il y a de l’intérêt à la comparer avec le morceau intitulé Zeuxis et le dialogue qui a pour tire : La double accusation.