Page:Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes, Nisard.djvu/516

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poitrine couverte de blessures, qui jadis orna ses palais de casques et de chars guerriers, qui fit son étude du soulagement des hommes, qui pratiqua la justice, et ne connut ni la crainte ni la cupidité ; (1, 840) ou pour quelque ministre des dieux, portant la robe sans tache et les bandelettes sacrées. Tous ont pour guide le petit-fils d’Atlas, aux talons ailés, qui brandit devant eux une torche enflammée. La clarté illumine au loin la route ténébreuse, jusqu’à ce qu’enfin ils arrivent dans ces délicieuses retraites, dans ces bocages et ces campagnes où brille toujours le soleil, où le printemps dure toute l’année, où les danses, les chants et la poésie ne laissent plus à former un seul désir aux pieux habitants de ce séjour. C’est dans ces demeures éternelles que Créthée conduit son fils et sa bru. Il leur montre, à gauche, la vaste porte par où doit sortir le châtiment qui attend Pélias. (1, 850) Ici, le bruit immense, la foule qui se précipite, les honneurs que les juges des enfers décernent à la vertu, tout excite leur admiration.



LIVRE II.

(2, 1) Cependant Jason, ignorant ces forfaits et ces scènes de deuil, poursuivait sa route. Junon voulait que les malheurs de sa famille lui restassent inconnus, de peur qu’impatient d’en châtier Pélias, il ne revînt sur ses pas, ne renversât témérairement l’ordre des destinées, et n’abandonnât une entreprise agréable aux dieux.

Déjà la cime des forêts du mont Pélion, et le temple de Diane Tiséenne à gauche, s’abaissent au niveau de la mer ; déjà Sciathos a presque disparu et Sépias fuit à l’horizon, : la Magnésie se découvre, (2, 10) ses pâturages, ses coursiers, le tombeau de Dolops, et l’embouchure de l’Amyros au cours sinueux. Là, repoussés par un vent de terre, les Argonautes plient leurs voiles et font force de rames. Ils saluent, en passant, Eurymène ; puis, emportés par le vent du midi, regagnent la pleine mer. Ossa se perd une seconde fois dans les nues. Mais voici l’effroi des dieux, Pallène, séjour maudit depuis la guerre des Géants ; voici ces monstrueux fils de la Terre qui jadis ont combattu le ciel, dont une mère affligée recouvrit les cadavres de poutres, de quartiers de rocs, (2, 20) et dont elle forma ces montagnes qui se dressent toujours vers leur ancien ennemi. Chaque rocher respire encore la menace, la terreur et les combats ; ils sont tous incessamment déchirés par les orages et sillonnés par la foudre. Pourtant sous ces rochers ne gît pas le plus grand, le plus horrible des Géants, Typhée ; la terre de Sicile pèse sur ses débris. Il fuyait, dit-on, vomissant la foudre qui l’avait frappé, quand Neptune l’entraîna par les cheveux et le précipita dans les flots. C’est en vain qu’il relève sa main ensanglantée, qu’il bat l’onde de ses pieds de reptile ; le dieu le pousse vers le détroit sicilien, et entasse sur lui l’Etna avec des villes entières. (2, 30) Depuis lors, le monstre fait jaillir dans les airs les fondements enflammés de la montagne ; et, comme lui, toute la Sicile est hale-