Page:Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes, Nisard.djvu/588

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des premiers feuillages, quand tout à coup, déchaînant ses impétueux tourbillons, l’Aquilon le déracine et le renverse sur le sol ; ainsi tombe Myracès au pied des murs de la ville, et sous les yeux mêmes de Médée. Cependant la jeune fille, tout entière aux périls d’un seul, n’est pas plus émue de sa chute qu’étonnée des exploits de Méléagre, de Talaüs et d'Acaste, objets, tous trois, d’attention et d’effroi pour les ennemis, et qu’une ardeur égale emporte à la suite des bataillons en déroute. Chefs et soldats, tout fuit devant eux ; le sang coule à grands Ilots, et déjà il n’est plus un seul char qui n’ait perdu son maître.

En voyant la fuite et le massacre des siens, Persès ne contient plus sa douleur ; il accuse ainsi le ciel : « Quand je fus exilé de ma patrie, dieux, vous me trompiez donc, en me poussant à la guerre, en me forçant d’y entraîner la Scythie ? Pourquoi, Jupiter, m’avoir prédit, m’avoir promis le châtiment d’Éétès ? C’est là ce secours que je devais recevoir des Argonautes ; ce sont là ces forces qui devaient se joindre aux miennes ! Oh ! qu’une vie trop longue pèse aux infortunés ! Pourtant, et je ne demande rien de plus, puissé-je voir encore le jour où mon frère, trompant ces Grecs, comme ils méritent de l’être, fera verser à l’orgueilleux Jason des larmes amères sur la stérile issue de ses audacieux efforts ! »

En parlant ainsi, il frappait sa poitrine de ses armes ; il pleurait, étouffant ses sanglots sous la visière de son casque. Pallas le vit, comme il allait se précipiter au plus fort de la mêlée, et se dit alors à elle-même : « Persès court au trépas, et pourtant Jupiter a résolu de l’élever un jour sur le trône d’Éétès. S’il meurt, il est à craindre que mon père ne m’en accuse, et ne fasse retomber sur moi sa terrible colère. »

Et soudain elle le couvre d’un nuage, et écarte les traits qui sifflent autour de sa tête. Un tourbillon propice le soulève du milieu de ses compagnons, et l’emporte à travers les airs jusqu’aux derniers rangs, là où, trop tard arrivés, les Ibères et les Essédons ne prenaient part au combat que par leurs clameurs.

La nuit étend sur la terre ses ombres étoilées, et met fin au combat. Médée s’éloigne des remparts, le cœur malade des longues inquiétudes qui l’ont agitée. Telle une bacchante, d’abord maîtresse d’elle-même pendant les redoutables mystères, cède bientôt à l’inspiration du dieu qui la porte à tout oser ; telle revenait Médée, en proie à un trouble non moins violent. Sans cesse occupée de Jason, elle le voit au milieu de la foule des Grecs et des Colchidiens ; elle reconnaît ses armes et ce que son casque lui laisse apercevoir de son visage.



LIVRE VII.

Toi aussi, vierge de Colchos, la nuit te sépare de ton hôte thessalien, et t’enlève tes plus chères délices ; elle marche, impitoyable pour tes seules amours. Mais la vierge hésite encore sur le