Page:Luzel - Contes bretons, Clairet, 1870.djvu/59

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


les doigts, tant ils trouvèrent sa chair délicate. -— Puis, ils s’en allèrent.

Aussitôt qu'ils furent partis, une belle princesse, ou plutôt une tête de princesse, (car on n’en voyait que la tête) — entra dans la chambre. Elle chercha d’abord sur la table, puis sous la table et dans tous les coins de la chambre, et finit par trouver un fragment d'os, pas plus gros que le petit doigt :

— Ô bonheur ! dit-elle.

Puis elle se mit à frotter cet os avec un onguent qu’elle avait ; et, à mesure qu’elle le frottait, l’os se recouvrait de chair, les membres revenaient peu à peu, et le corps se reconstituait, si bien qu’il se retrouva complet et aussi sain que jamais.

— Que j’ai donc bien dormi ! dit Jean, en se détirant les membres.

— Oui, dit la princesse, et si bien dormi que, sans moi et mon onguent, vous ne vous seriez jamais réveillé. Vous avez encore deux nuits à passer comme celle-ci ; mais prenez courage, ne vous effrayez de rien, et quand vous aurez subi les trois épreuves, les diables perdront tout pouvoir sur ce château et sur tous ceux qui y sont sous leur domination, et vous nous aurez délivrés tous ; — car nous sommes nombreux ici, sous des formes différentes ; et, pour récompense, vous pourrez m’épouser alors, car je suis une des plus belles princesses qui aient jamais existé.

Jean répondit qu’il voulait tenter l’entreprise jusqu’au bout.

Le lendemain, il passa la journée à se promener dans le château et dans les jardins et, le soir venu,