Page:Luzel - Contes populaires, volume 1, 1887.djvu/378

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mais seulement la cavale maigre dont le dos ressemblait à une lame de couteau.

— Montez sur cette cavale, lui dit le domestique.

— Non, je préfère marcher, répondit-elle. Mais, le domestique la mit de force sur la cavale ; puis, ils partirent au galop.

Quand elle arriva au château de son mari, elle fut mal reçue de tout le monde.

— Te voilà donc, charogne, femme du diable ! lui disaient les valets et les servantes ; quand tu seras accouchée (elle était enceinte), tu seras mise à mort comme une chienne !

Le seigneur aussi était bien en colère.

— Ah ! malheureuse femme, langue d’enfer ! lui dit-il. Tu m’as perdu, et tu t’es perdue toi-même ! Je n’avais plus qu’un an à rester dans ma marmite, et à présent, il m’y faudra rester encore six cents ans !

La pauvre femme était désolée et pleurait et criait :

— Ramenez-moi chez mon père !

— Si votre douleur est vraie, dit son mari, et si vous faites exactement ce que je vous dirai, vous pouvez me sauver encore.

— Oh ! demandez ce que vous voudrez, il n’est rien au monde que je ne sois prête à faire pour vous.