Page:Luzel - Contes populaires, volume 1, 1887.djvu/447

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pour toute nourriture que les coquillages qu’il pouvait recueillir contre son rocher et les poissons qu’il réussissait à prendre, de temps en temps. Il était complètement nu et son corps était tout couvert de poil, si bien qu’il ressemblait plus à un animal qu’à un homme. Un trou sous un rocher lui servait d’habitation. Il avait encore au cou la chaîne d’or de sa femme. Aucun navire ne passait jamais par là, et il avait perdu tout espoir d’en sortir. Une nuit, pendant qu’il dormait dans son trou, il fut éveillé par une voix qui disait : — Froid !... froid !... Hou ! hou ! hou !... Puis il entendait comme les claquements de dents d’un homme transi de froid, et, un moment après, le bruit d’un animal ou d’un homme qui se jette à l’eau. Tout cela l’étonna ; mais il ne sortit pourtant pas pour voir ce que ce pouvait être. La nuit suivante, ce fut la même chose. Il ne parla pas encore, ne sortit pas de son trou et ne vit rien.

— Qu’est-ce que tout ceci pourrait bien être ? se demandait-il ; c’est peut-être une âme en peine. Demain soir, si j’entends encore, je parlerai et je sortirai, pour voir.

La troisième nuit, il entendit encore, comme les deux précédentes, et plus près de lui : — Froid !... froid !... Hou ! hou ! hou !... et des claquements de dents. Il sortit et vit, au clair de la lune, un