Page:Luzel - Contes populaires, volume 1, 1887.djvu/477

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pas beaucoup, tant ils avaient de choses à se dire, depuis leur séparation. Quand le jour parut, le prince redevint fourmi et resta, toute la journée, sous cette forme, caché dans la manche de la princesse. Après souper, le géant reconduisit la princesse à sa chambre, selon son habitude, et fit une partie de cartes avec elle. Tout à coup, la princesse lui dit :

— Si vous saviez le singulier rêve que j’ai fait, la nuit dernière ?

— Qu’avez-vous donc rêvé ? Dites-moi, je vous prie,

— Oh ! c’est un bien sot rêve ; voyez plutôt : J’ai rêvé qu’un jeune prince, fils du roi de France, était arrivé dans votre château, et qu’il voulait vous tuer, afin de m’enlever et de m’emmener à la cour de son père, pour m’épouser. N’est-ce pas que c’est un sot rêve ?

— Ah ! oui, bien sot, en effet, car rien de ce qui s’y trouve ne peut arriver : aucun homme ne peut monter de la terre jusqu’ici ; et puis, quand bien même cela pourrait arriver, moi, je ne puis pas être tué comme les autres hommes.

— Pourquoi donc cela ?

— Pourquoi ? C’est que je suis un Corps-sans-âme, et que ma vie ne réside pas dans mon corps.

— Vraiment ? Où donc est-elle ?