Page:Luzel - Contes populaires, volume 2, 1887.djvu/127

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pêcher de surprendre le secret de son valet d’écurie et de le détourner de l’accomplissement de sa mission. Puis il partit de Kerméno.

Vers le soir, le valet d’écurie se rendit au bourg de Plougonver. A minuit sonnant, il entrait dans l’église. Il marcha droit et résolu vers le cercueil qu'il aperçut sur les marches de l’autel. Mais, au premier regard qu’il y jeta, il recula d’horreur. Il y avait dedans un énorme crapaud, humide et gonflé de venin, et il remplissait tout le cercueil ! Rassemblant tout son courage, il lui donna un baiser... puis un second... mais, il ne put jamais lui en donner un troisième. Il sortit de l’église et revint à Kerméno, tout pâle et se reprochant sa faiblesse. Ce jour-là, personne ne vit le docteur.

La nuit suivante, le valet retourna à Plougonver, et, à minuit sonnant, il entrait encore dans l’église, avec une grande résolution. Cette fois, il vit dans le cercueil, non le crapaud de la veille, mais une énorme couleuvre, sifflante et furieuse. Il lui donna aussi deux baisers, et ne put encore aller jusqu’au troisième.

Enfin, la troisième nuit, il trouva dans le cercueil une énorme salamandre, et, quoiqu’il fût bien résolu à mourir sur la place plutôt que de faillir, cette dernière fois, il ne put encore aller jusqu’au troisième baiser.

Alors, il revint à Kerméno, furieux. En en-