Page:Luzel - Contes populaires, volume 2, 1887.djvu/128

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trant dans la cuisine, il saisit un grand couteau, qu’il y vit sur la table, se jeta sur la cuisinière, qui dormait dans son lit, lui coupa la gorge, et recueillit plein une bouteille de son sang. Il la boucha bien et l’enfouit dans un tas de fumier. Puis il chercha, dans tout le pays, sept nourrices, et les amena à Kerméno. Il leur promit cinquante écus par mois. Il leur expliqua ce qu’elles avaient à faire, et, d’heure en heure, elles se remplaçaient sur le tas de fumier, de manière à ce qu’il y en eût toujours une à arroser du lait de ses seins l’endroit où se trouvait la bouteille.

Cependant, la disparition subite du docteur Coathalec et de tous les habitants de Kerméno, hors le valet d’écurie, paraissait étrange, dans le pays, et les commérages et les soupçons allaient leur train. L’on allait jusqu’à accuser le valet d’avoir assassiné son maître, pour profiter de ses secrets et de ses biens, et les autres, pour s’assurer de leur silence. On se demandait aussi, avec mystère, ce qu’il pouvait faire avec les sept nourrices, et les bruits les plus singuliers couraient à ce sujet.

Enfin, on en écrivit à Saint-Brieuc, et les gens de justice se transportèrent jusqu’à Kerméno.

Le valet d’écurie était bien embarrassé et bien inquiet, vous pouvez le croire. Pressé de questions et menacé d’être pendu, il révéla tout.