Page:Luzel - Contes populaires, volume 2, 1887.djvu/157

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Un bon cultivateur aisé du pays de Tréguier, nommé Dagorn, avait dans ses vergers des pommes superbes. Nul, dans le pays, ne pouvait rivaliser avec lui pour les pommes.

Il avait aussi trois fils, dont deux bien venus, de bonne mine, pleins de santé et de force, et le troisième, bossu et maladif.

L’aîné, nommé Ervoan, demanda à son père de lui permettre d’aller aussi à Paris, avec une douzaine de ses plus belles pommes. Le bonhomme ne s’en souciait guère, mais Ervoan insista tant, qu’il finit par lui dire :

— Eh bien ! vas-y, puisque tu y tiens tant.

Il choisit une douzaine de pommes et partit, à pied, et tout le long de la route, il ne fit que rêver de la princesse, et il comptait bien l’emporter sur tous les autres concurrents : ses pommes étaient si belles ! Il ne possédait que deux pièces de six livres, ce qui est peu, pour aller de Tréguier à Paris.

Un jour qu’il marchait avec son panier au bras, déjà loin de chez lui, il s’arrêta près d’une fontaine, au bord de la route, pour se reposer un peu et manger un morceau. Il vit bientôt se diriger vers lui une petite vieille, courbée sur un bâton et qui paraissait avoir beaucoup de peine à se traîner. Elle lui demanda un morceau de pain, pour l’amour de Dieu.