Page:Luzel - Contes populaires, volume 2, 1887.djvu/222

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Hélas ! je suis bien pauvre, comme vous pouvez le voir ; pourtant, comme vous ne trouverez aucune autre habitation par ici, ni riche ni pauvre, entrez, si vous voulez, pour ne pas passer la nuit dehors ; je partagerai avec vous de bon cœur le peu que j’ai, du pain d’orge avec quelques pommes de terre, et de la fougère et des herbes sèches pour lit.

Il entra et s’assit sur un galet, auprès du feu. De l’eau chauffait dans un pot, pour tremper la soupe. Une odeur si puante infectait l’habitation, qu’il fut obligé de se boucher le nez et ne put s’empêcher de dire : — Comme ça sent mauvais ici !

— Hélas ! répondit la femme, c’est le corps de mon pauvre homme qui pue de la sorte. Voilà plus de quinze jours qu’il est mort, et il est toujours là, au bas de la maison.

— Pourquoi donc ne le faites-vous pas enterrer ?

— Je n’ai pas d’argent, et le recteur (curé) dit qu’il ne l’enterra pas, sans être payé.

— Ah ! l’homme sans cœur !... Combien lui faut-il donc ?

— Cinq écus, hélas ! et je n’ai pas cinq sous !

— Eh bien ! ma pauvre femme, que cela ne vous inquiète plus ; demain matin, j’irai moi-même trouver votre recteur et je le paierai pour rendre les derniers devoirs à votre mari.