Page:Luzel - Contes populaires, volume 2, 1887.djvu/317

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jusqu’alors, le géant prélevait sur son bétail tout ce qu’il lui plaisait.

Le prince eût bien pu, à présent, quitter le métier et aller courir le monde, à sa fantaisie, puisqu’il avait de l’or et des diamants, à discrétion. Il continua néanmoins d’aller, tous les matins, garder les troupeaux du roi, sur la grande lande et dans le bois, et le Murlu venait presque tous les jours lui tenir société.

Un jour qu’il était seul avec ses bêtes dans le bois, il vit passer une jeune demoiselle, accompagnée de cinquante chevaliers tous armés. La pauvre fille pleurait, à faire pitié. Il s’approcha et reconnut en elle la fille du roi.

— Où allez-vous de la sorte, princesse, lui demanda-t-il, et qu’est-ce qui cause votre désolation ?

— Hélas ! on me conduit à un serpent à sept têtes qui habite dans ce bois.

— Comment ! et ces chevaliers ne peuvent vous protéger contre lui ?

— Hélas ! c’est un monstre si terrible, qu’une armée entière serait impuissante contre lui ; mon père l’a, du reste, éprouvé plus d’une fois.

— Eh bien ! si ces cinquante chevaliers ne sont bons qu’à vous conduire à la mort, qu’ils s’en retournent à la maison ; moi, je vous arracherai, tout seul, au monstre, ou j’y perdrai aussi la vie.

Alors, il appela le Murlu à son secours. Le Murlu