Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/123

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fenêtre, qu’on avait ouverte pour renouveler l’air. Elle était sous la forme d’une cane, et se mit à voltiger autour du berceau, en disant :

— Que je plains ton sort, mon pauvre enfant ! Je viendrai te visiter, deux fois encore, sous cette forme, et si l’on n’arrache, avant la fin de la troisième nuit, l’épingle noire dont est traversée ma tête, je resterai cane, jusqu’à ma mort. Et ton père, hélas ! qui est là couché, à côté de celle qui a pris ma place, l’ignore et ne m’entend pas. Hélas ! hélas !...

Puis, elle s’en alla par la fenêtre, et retourna à l’étang.

La nourrice, qui avait tout vu et entendu, n’en dit pourtant rien à personne, tant elle trouvait la chose étrange.

Quand le mari s’éveilla, le lendemain matin, il demanda à celle qu’il croyait toujours être sa femme comment elle se trouvait. Mais, elle lui répondit encore par une grossièreté, et sa douleur n’en fit que s’accroître.

— C’est sans doute l’effet d’une fièvre de lait, lui dit la marâtre, et cela passera, sans tarder.

Avant de se mettre au lit, le mari but encore un soporifique, sans le savoir, et il dormit aussi profondément que la veille.

A l’heure où tout dormait, dans le château, la cane arriva encore dans la chambre où était l’en-