Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/124

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fant avec sa nourrice, et fit entendre les mêmes plaintes :

— Hélas ! mon pauvre enfant, ton père dort encore et ne m’entend pas ! Je viendrai encore, demain soir, pour la dernière fois, et si l’on ne me retire pas l’aiguille noire que j’ai dans la tête, il me faudra te quitter, toi et ton père, et pour toujours !

Et elle s’en alla encore, après avoir longtemps voltigé autour du berceau.

La nourrice vit et entendit tout, comme la veille, et se dit en elle-même :

— Arrive que pourra, il faut que je prévienne le maître de ce qui se passe ici ; mon cœur ne peut rester insensible aux plaintes de cette cane ; il y a là-dessous quelque mystère.

Le lendemain matin, quand le père vint voir son enfant, elle lui dit donc :

— J’ai quelque chose sur le cœur, que je veux vous déclarer. Vous ne savez pas ce qui se passe ici, la nuit.

— Quoi donc, nourrice ? Parlez, je vous prie.

— On vous fait boire un soporifique, au moment de vous coucher, et vous n’entendez rien de ce qui se dit et se passe autour de vous ; on vous trompe, et celle que vous croyez être votre femme est Margot, la fille de la marâtre de Lévénès. Celle-ci a été métamorphosée en cane, par