Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/125

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une sorcière, à la prière de sa marâtre, et elle est, à présent, là-bas, sur l’étang, avec les canards et les oies. Mais, la nuit, quand tout le monde dort au château, excepté moi, elle vient voir son enfant, sous la forme d’une cane. Elle est déjà venue deux fois. Elle viendra, cette nuit encore, pour la dernière fois, et si vous arrachez une aiguille noire dont on lui a traversé la tête, elle reviendra aussitôt à sa forme première ; mais, si l’aiguille n’est pas arrachée, cette nuit, elle restera toujours cane.

— Je me doutais bien, dit le mari, qu’il se passait quelque chose de mystérieux, au château ; mais, cette nuit, je ne boirai pas le soporifique et je serai sur mes gardes, et nous verrons bien.

Le soir, quand l’heure fut venue de se coucher, la marâtre versa encore le soporifique au mari de Lévénès. Il feignit de le boire, comme précédemment, et le jeta sous la table, sans qu’on s’en aperçût.

Vers minuit, quand tout le monde dormait, au château, excepté lui et la nourrice, la cane arriva encore, par la fenêtre, dans la chambre de l’enfant et parla ainsi :

— C est pour la dernière fois, mon pauvre enfant, que je viens te voir, sous cette forme, et ton père dort encore, sans doute...