Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/205

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mais, hélas ! cela ne se peut pas, sans grand danger pour ta vie. Le géant mon mari est parti, ce matin, comme tous les jours, pour la chasse aux hommes, car c’est là à peu près sa seule nourriture, et quand il rentrera, ce soir, il aura faim, et je crains qu’il ne veuille te manger, surtout si sa chasse n’a pas été bonne.

— Ah ! ton mari mange aussi des hommes ? répondit Malo ; n’importe, je veux le voir. Cache-moi quelque part, d’où je le verrai, sans être vu de lui, derrière ces tonneaux que voilà, au bas de la salle, par exemple.

— Eh bien ! oui, cache-toi derrière ces tonneaux, car voici le moment où il rentre.

Malo se cacha derrière les tonneaux, au bas de la salle, et le géant arriva aussitôt. Il jeta une demi-douzaine d’hommes morts sur la table, en disant :

— Voilà de quoi souper !

Puis il ôta de dessus ses épaules un manteau qui pesait mille livres et s’assit, en disant :

— Je suis bien fatigué !

— Pourquoi aussi vous donner tant de mal, tous les jours ? lui dit la sœur de Malo.

— Il le faut bien ; mais, donnez-moi à boire, car j’ai grand’soif, reprit le géant.

Et la jeune femme prit une grande pinte, tira du vin d’un tonneau et le posa sur la table, de-