Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/30

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— Dieu, le beau prince ! s’écrièrent ceux qui n’en avaient pas perdu l’usage de la parole.

La jeune princesse devint sur-le-champ follement amoureuse de lui. Crampouès tira alors son biniou de sa poche, et se mit à en jouer, tranquillement. Et aussitôt tout le monde de se lever de table, et de se mettre à danser, avec un entrain qui les étonnait eux-mêmes. Hommes, femmes, jeunes et vieux, m.aigres et gras, faisaient des sauts, des entrechats, des gestes et des cabrioles, comme s’ils étaient tous ivres.

— Assez ! assez ! grâce ! crièrent bientôt les plus vieux et les ventrus.

— Allez toujours ! criaient les jeunes, de leur côté.

Et l’on se prenait la main, et la ronde tournoyait, avec un entrain irrésistible. Enfin, Crampouès cessa de souffler dans son biniou, quand il lui plut, et tout s’arrêta aussitôt. Tous les danseurs étaient en nage ; les gens âgés se laissaient tomber dans des fauteuils, épuisés, rompus et aussi un peu confus de s’être livrés à un pareil exercice avec une ardeur qui ne convenait pas à leur âge.

La jeune princesse courut à son père, qui avait dansé, comme tout le monde, et lui dit, avec une vivacité qui ne lui était pas habituelle :

— Mon père, je veux ce jeune prince pour époux !