Page:Luzel - Gwerziou Breiz-Izel vol 1 1868.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nos campagnes armoricaines , et qu’on peut les y retrouver encore ; souvent incomplets, altérés, interpolés, irréguliers, bizarres ; mélange singulier de beautés et de trivialités, de fautes de goût, de grossièretés qui sentent un peu leur barbarie, et de poésie simple et naturelle, tendre et sentimentale, humaine toujours, et qui va droit au cœur, qui nous intéresse et nous émeut, par je ne sais quels secrets, quel mystère, bien mieux que la poésie d’art. C’est réellement le cœur du peuple breton qui bat en ces chants spontanés.

Qu’on ne s’étonne pas trop de ces irrégularités de toute sorte et de ces inégalités, car c’est là un des caractères distinctifs et comme la nature même de la poésie populaire. Il ne faut jamais perdre de vue que ces chants du peuple sont généralement, sinon toujours, lorsqu’il s’agit des Bas Bretons surtout, l’œuvre de gens illettrés, qui ne savaient ni lire ni écrire, et qui ne connaissaient d’autre règle que leur inspiration, d’autres modèles que les vieux gwerz légués par leurs pères, lesquels furent aussi ignorants que leurs fils des préceptes d’Horace et de Boileau.

Je ne sais si mon avis sera partagé par tout le monde ; je trouve à nos chants bretons une inspiration plus élevée, un sentiment poétique, un accent de sincérité et d’honnêteté supérieur à ce qu’on rencontre ordinairement dans les autres provinces de la France. Dans les chansons les moins remarquables, il y a presque toujours quelque fleur de poésie et de sentiment qui répand son charme et son parfum sur toute la pièce et lui donne un attrait irrésistible ! peut-être aussi suis-je dans des conditions exceptionnelles pour comprendre et aimer ces chants qui ont bercé mon enfance, ces chants écrits dans une langue qui est la première que j’ai parlée et qui expriment des idées morales que j’ai, pour ainsi dire, sucées avec le lait de ma nourrice.

A ceux qui me reprocheraient d’avoir donné des pièces incomplètes, irrégulières, ayant toutes sortes d’imperfections, je ne pourrais que répondre : J’ai donné ce que j’ai trouvé, ce qui existe réellement dans