Page:Luzel - Gwerziou Breiz-Izel vol 1 1868.djvu/16

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le peuple, de la véritable poésie populaire enfin. À la critique maintenant à noter les erreurs, les lacunes, les interpolations, les noms altérés, de manière à me mettre en mesure de perfectionner mon livre, si toutefois il se réimprime jamais. Quant à ceux qui voudraient faire œuvre de littérature et s’exercer à composer des ballades régulières et d’un goût épuré à l’aide de ces thèmes primitifs, libre à eux ; la poétique du genre est suffisamment connue aujourd’hui. Macpherson, Walter Scott, l’auteur de la Guzla, d’autres encore, ont prouvé qu’on peut parfaitement réussir dans ce genre de pastiche. Ce travail lui-même a aussi son mérite ; le Roi des Aulnes et la ballade de Lénore, les morts vont vite, deux vieux chants populaires, seraient sans doute restés complètement ignorés, si Goethe et Bûrger, par le privilège du génie, ne les eussent rendus immortels.

Mon livre renferme peu de chants très-anciens, ou se rattachant à l’histoire générale du pays. Comme l’a très-bien dit un savant critique : (1)[1] « Les célébrités du peuple sont rarement celles de l’histoire, et, quand les bruits des siècles reculés nous sont arrivées par deux canaux, l’un populaire, l’autre historique, il est rare que ces deux formes de la tradition soient pleinement d’accord l’une avec l’autre. »

J’ai conservé scrupuleusement la langue telle que me la donnaient nos rustiques rapsodes, sans l’épurer, ni la vieillir, ce qui m’eut été pourtant assez facile ; j’ai pensé que la langue est aussi un document historique, qu’on ne saurait traiter avec trop de respect. On remarquera que cette langue n’a pas beaucoup varié depuis le XVe et le XVIe siècle, en ce sens du moins que la proportion des mots français n’y est guère plus considérable que dans les documents écrits que nous possédons de ces époques. J’ai aussi conservé dans mes textes bretons un grand nombre de vers irréguliers, en fait de quantité ou de rime. J’aurais pu les rectifier sans peine ; mais il aurait fallu pour cela parfois ajouter et souvent

  1. (1) M. Renan, dans la Poésie des races celtiques.