Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/269

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senter sa mamelle aux enfants, puis elle allait courir et paître par le bois.

Mais laissons, pour un moment, Jeanne et ses enfants, à présent qu’il ne leur manque rien, et allons voir ce qui se passe chez sa belle-mère.

Quand le jeune seigneur arriva à la maison, il demanda aussitôt des nouvelles de sa femme et des deux créatures que Dieu lui avait données.

— Comment, méchant, homme sans entrailles, lui répondit sa mère, oses-tu me parler encore de ta femme, après avoir donné l’ordre de la brûler avec ses deux enfants, la plus sage des femmes, et les deux plus jolis enfants que j’aie jamais vus ?

— Que dites-vous là, ma mère ? Pouvez-vous donc croire que j’aie pu jamais donner un ordre si barbare et si inhumain, moi qui aime tant ma femme ? Je n’ai rien écrit de semblable, je le jure, et il doit y avoir en tout ceci quelque infâme trahison. Où est ma femme ? dites-moi vite !

— Elle est partie, à la grâce de Dieu, avec ses deux enfants, dans la crainte de te voir arriver, pour assister à son supplice, comme tu l’en menaçais. Lis cette lettre...

Jean lut la lettre, et il s’écria aussitôt :

— Mais ce n’est pas là mon écriture, ma mère !... Ô trahison diabolique ! Ne pourrai-je donc pas me venger ? Qui a pu écrire cette