Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/373

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maltraité, un dimanche soir, au bourg de Lanvellec, par des gens de Ploumilliau, car il était assez querelleur de sa nature. Il se serait traîné jusqu’à son lit et y serait mort de ses blessures. Mais comment aurait-il pu aller jusqu’à chez lui avec les yeux hors de la tête ? Moi, j’en sais plus long là-dessus, et voici comment les choses se sont passées :

Malo Kerdluz avait remplacé au moulin de Kervégan le vieux Iouenn Ar Bleiz. Iouenn Ar Bleiz, vous le savez bien, avait mauvaise réputation dans le pays, et passait pour être un peu sorcier. Quelques-uns prétendaient même qu’il se changeait à volonté en loup ou en chat, et assistait, sous cette dernière forme, au sabbat de chats qui se tenait sur la lande de Kervégan. Le propriétaire du moulin, sur les avis et les plaintes qui lui arrivaient de tous côtés, finit par congédier Iouenn, quoiqu’à regret, car il le craignait et redoutait sa vengeance. Et en effet, Iouenn quitta le moulin en jurant qu’il se vengerait. Malo Kerdluz prit sa place ; mais il ne tarda pas à éprouver toutes sortes de désagréments et de dommages. Tout allait chaque jour de mal en pis dans son moulin. Les clients se plaignaient que leur grain était mal moulu, la farine mélangée de gravier, et enfin qu’il prélevait un droit excessif sur leurs sacs ; et les plaintes n’amenant aucun bon résultat, on