Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/374

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finissait par porter son grain à un autre moulin. Et pourtant Malo était un excellent meunier et un parfait honnête homme, de l’avis de tout le monde et malgré le dicton connu :


At meliner, laër ar bleud
A vezo krouget dre he veud.
Ha mar na ve ket krouget mad,
A vô krouget dre he viz troad [1]


Que signifiait donc tout cela ? Le pauvre Malo en perdait la tête. La nuit, quand il était couché, un vacarme épouvantable se faisait entendre dans le moulin ; on aurait dit que tout était remué, déplacé, bouleversé, brisé, broyé, et pourtant, quand venait le jour, on pouvait voir que tout était en place et intact. D’autres fois, la vanne tombait d’elle-même, l’eau cessait de couler sur la roue, et la meule s’arrêtait tout court. Malo sortait précipitamment, en jurant, et ne voyait personne. Il relevait la vanne et l’affermissait avec

  1. Le meunier, voleur de farine, — par le pouce pendu sera ; — s’il n’est bien pendu de la sorte, — par l’orteil on l’accrochera.
    Voir dans l’excellent recueil de L. Sauvé, — Lavarou Koz Breiz-Izel, Proverbes et dictons de la Basse-Bretagne, Paris, H. Champion, — plusieurs autres dictons relatifs aux meuniers.