Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/377

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


bien voir si le plomb s’aplatira sur la peau de ces fils de l’enfer.

Et il ajusta et tira. Alors ce furent des cris épouvantables et tels que je n’en ai jamais entendus de ma vie. C’était comme des imprécations et des menaces de vengeance.

— Il paraît que le coup a porté, dit Malo ; allons voir.

Et ayant grimpé sur le talus, nous vîmes, au pied d’un arbre, un énorme chat noir qui se débattait dans les convulsions de l’agonie, en roulant des yeux menaçants et brillants comme braise, et nous crûmes l’entendre dire : « Malheur à toi, Malo Kerdluz, malheur à toi, car je serai vengé ! »

Malo acheva le matou à coups de crosse de fusil, le mit dans sa carnassière, et nous continuâmes notre route.

Quand nous arrivâmes au moulin, la femme de Malo lui fit quelques reproches de rentrer si tard et ivre, ou peu s’en fallait.

— Allons, Jeanne, dit Malo, ne grondez pas ainsi ; voyez le beau gibier que je vous rapporte. Et, tirant le chat de sa carnassière, il le lui présenta.

— Un chat !... J’aurais mieux aimé un lièvre, dit Jeanne, avec une moue.

— Un chat ! reprit Malo ; mais c’est le diable