Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/91

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qu’elle craignait de l’éveiller, parce qu’il était un peu indisposé, mais qu’à la fin du dîner elle le présenterait à tous les invités, dans la salle à manger…

Quand tous les invités furent arrivés, on se mit à table, et nul ne se serait douté, à voir l’air calme, serein et gracieux de la pauvre mère, qu’elle venait de perdre son fils, son unique enfant. Le père lui-même n’en savait rien encore.

Vers la fin du repas, un vieux mendiant à la barbe longue et blanche, et s’appuyant sur un bâton, se présenta à la porte de la cuisine et demanda quelque chose à manger, au nom de Dieu ; Personne ne le connaissait ; pourtant, il fut reçu, comme tous les autres mendiants, qui se présentaient en grand nombre tous les jours, et on lui présenta un morceau de pain blanc avec un peu de viande.

— Ce n’est pas là ce que je veux, dit-il.

— Que voulez-vous donc ? lui demanda la servante, étonnée.

— Allez dire à votre maîtresse de venir me servir, et je lui dirai ce que je veux.

On trouva cet homme fort exigeant. Cependant, comme Touina avait donné ordre de ne jamais refuser aucun mendiant et de l’appeler toutes les fois qu’il s’en trouverait qui voudraient lui parler,