Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/97

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Un autre conte breton, que j’ai recueilli sous le titre de le Roi Dalmar offre plus de ressemblance encore avec le conte des frères Grimm que ne le fait la légende de Touina, qui ne s’en rapproche que par l’épisode de la fin : la résurrection de l’enfant. Nous voyons là également le fidèle serviteur changé en statue, pour avoir révélé un secret, et le maître qui, pour le sauver, sacrifie son enfant, lequel est ensuite retrouvé vivant dans son berceau. C’est une version bretonne, à peine légèrement modifiée, de la même fable.

Enfin, ici encore, comme presque toujours, c’est en Orient qu’il faut chercher le type primitif, et nous le trouvons, sous le titre de Viravara, dans un conte traduit du sanscrit et que l’on peut analyser ainsi en quelques mots :

Viravara s’est mis au service d’un roi. Un jour, celui-ci, entendant les gémissements d’une femme, envoie Viravara pour savoir le sujet de son chagrin et le suit, sans se laisser voir. Viravara interroge la femme et apprend qu’elle est la Fortune du roi. Elle pleure parce qu’un grand malheur le menace ; mais ce malheur pourra être détourné, si Viravara immole son fils à la déesse Devi. Le fidèle serviteur, pour sauver son maître, offre à la déesse le sacrifice qu’elle demande ; puis, dégoûté de la vie, il s’immole lui-même. À cette vue, le roi aussi veut se donner la mort ; mais la déesse se radoucit et ressuscite l’enfant et le père.

C’est là, probablement, la source commune de tous les récits où un père ou une mère sacrifie son enfant, soit pour sauver la vie à un ami ou à un maître, soit pour ne pas manquer à la parole donnée[1]

  1. Le sang des enfants joue un grand rôle dans les maléfices du moyen âge. Les sorciers lui attribuaient des propriétés surnaturelles, et l’on accusait les Juifs et les Templiers de s’en servir dans leurs cérémonies religieuses, et de voler les enfants des chrétiens pour s’en procurer. Dans le roman de Merlin, de Robert de Borron, on voit que Vortigern, usurpateur de la couronne d’Angleterre, veut bâtir une tour assez forte pour le mettre à l’abri des poursuites des Saxons. Mais les murs s’écroulent toujours dès qu’ils ont atteint une certaine hauteur. Alors les clercs et les astronomes conseillent au roi d’arroser le mortier des fondements avec le sang d’un enfant né sans père. Merlin, qui était l’enfant que l’on voulait sacrifier, sut se tirer de danger, grâce à sa science divinatoire.
    D’autres, comme le fameux Gilles de Retz, se servaient du sang des enfants dans la recherche de la pierre philosophale.