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DE M. CHAPTAL.

mais c’est que ce court intervalle de quelques années[1] avait suffi, et à la science pour faire des progrès immenses, et à la révolution dont je parlais tout à l’heure pour s’achever.

La découverte des gaz, la décomposition de l’air, celle de l’eau, la théorie des oxydations métalliques, celle de la combustion, tant de grands phénomènes pour la première fois conçus par l’intelligence des hommes, avaient enfin remplacé, par un système entier d’idées neuves, le système des idées anciennes.

De toutes les sciences qui ont pour objet l’étude des phénomènes naturels, la chimie est celle dont le génie des modernes semble pouvoir s’enorgueillir à plus juste titre ; car c’est assurément celle qui doit le moins au génie des anciens.

Les anciens n’ont pas même soupçonné l’action intime des molécules les unes sur les autres, source prochaine ou éloignée de tous les phénomènes qui se passent dans l’intérieur des corps ; leur vue s’est presque toujours arrêtée à ce que l’étude de ces corps a de plus général ; ils n’ont connu ni l’art de mettre de la précision dans les détails, unique base de l’exactitude dans les vues d’ensemble ; ni l’art plus difficile encore de décomposer les phénomènes complexes en leurs circonstances les plus simples, art qui paraît le dernier terme des forces de l’esprit humain, et sur lequel repose le système entier de l’art des expériences.

  1. De 1783, date du Tableau analytique de ses cours, à 1790, date de la première édition de ses Eléments de chimie.