Page:Mémoires de l’Académie des sciences, Tome 15.djvu/16

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
viij
ÉLOGE HISTORIQUE


Aussi, tout ce qui demande de l’analyse a-t-il échappé aux anciens. Ils n’ont eu que des notions vagues sur la chaleur, sur l’électricité, ces ressorts puissants et partout présents de la nature. Ils ignoraient jusqu’à l’existence des gaz, ces agents cachés dont l’action est si énergique et si répandue.

La théorie la plus générale à laquelle ils se soient élevés, celle des forces occultes, atteste, par son nom même, l’ignorance où ils étaient des forces réelles et effectives. C’est parce qu’ils ne connaissaient par la pesanteur de l’air, qu’ils avaient recours à l’horreur du vide[1].

La recherche des forces réelles est le caractère propre de la philosophie moderne. Mais cette recherche dépend, à son tour, de l’art expérimental, de cet art qui, comme je viens de le dire, décompose, distingue, isole, et ne s’arrête que lorsqu’il est parvenu aux dernières molécules des corps, et aux circonstances les plus simples des phénomènes ; art duquel dérivent, d’une manière plus ou moins directe, toutes les sciences modernes, et dans lequel consiste tout le secret de leurs forces.

Or, de toutes les sciences qui s’occupent des phénomènes de la nature, nulle n’est plus intimement liée à cet art de l’analyse expérimentale, que la chimie, qu’on pourrait appeler, par excellence, la science de l’analyse. Et c’est pourquoi elle est venue une des dernières ; c’est pourquoi, dès qu’elle a paru, elle a jeté une si vive lumière sur toutes les

  1. Comme, plus tard, on a eu recours au phlogistique, parce qu’on ne connaissait pas l’oxygène.