Page:Mémoires de l’Académie des sciences, Tome 7.djvu/208

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éloge historique

la protection personnelle d’un roi, ni les ordres de ses ministres ne sont pas toujours des garanties suffisantes contre les caprices de personnages d’un rang bien inférieur. On raconte qu’un pacha menacé par un opprimé de la colère du sultan et de celle de Dieu, répondit : Le sultan est bien loin, Dieu est bien haut, et ici c’est moi qui suis le maître. Le gouverneur de Cayenne, sans tenir le même langage, se conduisait d’après le même principe. L’intérêt le plus sordide était son seul mobile. Il avait rempli de légumes à son usage le jardin royal destiné à la culture des épiceries ; et M. Richard, dont la principale fonction à Cayenne devait être la direction de ce jardin, et qui s’y était fait conduire en arrivant, ne put même obtenir d’y entrer. Ce qu’il éprouva relativement aux girofliers ne le surprit et ne l’indigna pas moins. Le gouverneur, imaginant d’imiter pour son profit les procédés tyranniques tant reprochés aux Hollandais, avait prétendu que les colons négligeaient trop la culture de ces arbres ; et, en conséquence, il avait ordonné de transporter tous les individus épars sur les habitations dans un endroit éloigné et solitaire où, sous le nom du Roi, il prétendait en avoir seul le monopole. Une ordonnance si absurde avait tellement indigné les propriétaires, que la plupart avaient mieux aimé détruire leurs arbres que de les livrer. Mais enfin le gouverneur était devenu maître de tous ceux qui subsistaient ; il les gardait comme le dragon des Hespérides, et M. Richard, envoyé par le roi de France dans une colonie française, avec la mission expresse d’y propager les girofliers, et de les répandre dans nos autres îles, ne put même approcher du lieu où on les avait confinés. Il fut obligé, pour en avoir quelques graines, de faire à Cayenne ce que Poivre et