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mémoires du maréchal joffre

reconnu des colonnes allemandes à Hannut et Meeffe marchant vers le nord-ouest.

J'avoue que ces renseignements me plongeaient dans la plus grande perplexité. Ou bien ces effectifs étaient faibles et pouvaient n'être destinés qu'à masquer l'armée belge, ce qui expliquait la marche des colonnes allemandes vers le nord-ouest, ou bien il s'agissait de forces importantes, qui dans ce cas étaient destinées à une manœuvre contre notre aile nord, et alors ce glissement vers le nord ne pouvait être obtenu que par un affaiblissement du centre allemand du Luxembourg. Dans ce dernier cas, l'offensive que je projetais pour les 3e et 4e armées allait s'en trouver facilitée. Par surcroît, il me paraissait que les forces ennemies engagées au nord de la Meuse ne devaient pas être si considérables qu'on le disait, et cela pour des raisons de ravitaillement. En effet, l'examen de la carte nous montrait que la résistance de Liége et les destructions faites par les Belges devaient empêcher tout ravitaillement à l'ouest de la ligne Verviers-Bastogne-Arlon, et, en particulier, le ravitaillement des troupes de la région de Huy devait être singulièrement difficile, tant que les forts de Liége tiendraient.

Or, à ce moment, nous n'avions aucune nouvelle que ces forts fussent tombés. Et nous ne pouvions supposer que les Allemands en s'emparant de Liége trouveraient intact le pont du chemin de fer.

Ainsi, l'armée belge continuait à m'inspirer les plus vives inquiétudes. La journée du 19 se termina, cependant, par l'annonce d'une heureuse nouvelle. Le colonel Huguget me fit savoir qu'un conseil avait été tenu le matin même au G. Q. G. britannique. On y avait constaté que les débarquements dans la zone de rassemblement se faisaient sans difficulté, et le maréchal French désireux de coopérer le plus tôt possible à nos opérations avait étudié la possiblité de hâter l'entrée en action de ses forces, et il avait décidé que le mouvement en avant de son armée commencerait le vendredi 21.

On devine avec quelle satisfaction je reçus cette nou-