Page:Ménard - Du polythéisme hellénique, 1863.djvu/266

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il les demandait à son père plutôt qu’à un prêtre, car le père de famille était dans sa maison le chef de la religion et l’instituteur moral. Les Grecs, qu’on accuse si souvent d’avoir sacrifié la famille à la cité, n’ont jamais fait intervenir l’État dans le culte privé ; le prêtre ne pénétrait pas dans la famille, il était uniquement chargé du service du temple, et assistait les magistrats dans les cérémonies du culte public.

L’existence d’un culte public, dans les cités grecques n’implique pas, comme on pourrait le croire, ce qu’on nomme aujourd’hui une religion de l’État. Ni les magistrats, ni les prêtres ne pouvaient fixer un dogme ou imposer une croyance. Personne n’aurait pu comprendre l’idée d’une autorité politique ou religieuse en dehors et au-dessus du peuple. La république étant une société d’égaux, librement unis pour la défense des droits communs, la loi était l’expression de la volonté de tous, la religion représentait les croyances populaires, et comme chaque commune avait son gouvernement, chaque commune avait sa mythologie, ses légendes, ses fêtes locales, et consacrait ses légitimes prétentions à l’indépendance politique par le culte patriotique des dieux nationaux et des héros protecteurs de la cité. Les aèdes recueillaient ces traditions éparses, les colportaient de village en village, les fondaient dans une synthèse harmonieuse. Les légendes s’enrichissaient par des emprunts réciproques, et si la poésie altérait la simplicité et la