Page:Méric - À travers la jungle politique littéraire, 1930.djvu/154

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Il était question là dedans des forces naturelles que la bourgeoisie imbécile laisse inutilisées et que les prolétaires sauront employer au lendemain de la Révolution. Parmi ces forces dédaignées, les classiques chutes d’eau. Il était question également du bulletin de vote, cette arme pacifique préconisée par Jules Guesde, qui jadis dénonçait furieusement le suffrage universel, triste cadeau de Ledru-Rollin. Ces arguments, toujours les mêmes, produisaient néanmoins leur effet.

Le tout, c’était de les dire et de les servir avec art. Cabannes s’y entendait à merveille. C’était un orateur éloquent. Tout petit, des yeux noirs, dans un visage tourmenté, la voix chaude, un peu traînante, il se démenait terriblement à la tribune et sortait de là comme d’un bain de vapeur. Mais il emportait les applaudissements.

Plusieurs fois, il fut candidat, dans les Hautes-Alpes, à Paris (en 1919, en ma compagnie, sur la liste dite Sadoul) et, aux dernières élections encore, je ne sais où. Que lui a-t il manqué pour être élu ? La chance, certes. Mais, avant tout, il peut se considérer comme victime de son goût du paradoxe et de sa fantaisie échevelée.

Il y avait deux types en lui : l’homme de la tribune, sévère et consciencieux ; l’homme du dehors, retournant parmi ses amis, à sa nature primesautière. Celui-là faisait beaucoup de mal à l’autre. Car Cabannes n’écoutant que son démon familier, se laissait aller à sa verve, parfois féroce, témoignait d’un irrespect formidable à l’égard des dogmes comme des