Page:Méric - À travers la jungle politique littéraire, 1930.djvu/262

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qui n’avaient point prévu qu’arrivé au faite du pouvoir, cet homme serait le Messie rêvé par la réaction… »

À Toulon même, on prenait parti contre le maire Escartefigue et l’on mettait les républicains en garde contre « les conseils de trahison de leur chef ». Mais je borne mes citations qui deviendraient fastidieuses. Je n’y ai insisté que pour bien montrer quel était l’état d’esprit des électeurs du Var. En présence du suffrage universel, Clemenceau n’aurait pas pesé lourd. Malheureusement, il n’avait à compter qu’avec le suffrage au deuxième degré et ne manquait point de moyens d’action.

En réalité, Clemenceau fut moralement battu et le sentit bien. Il ne dut le triomphe de sa liste, en compagnie de l’homme aux remerciements, Louis Martin, et du discoureur-perroquet, Reymonencq, qu’à ce fait qu’il disposait de la toute-puissance.

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Les élections s’effectuèrent dans la peur et dans la lâcheté. Il y eut bien quelques convaincus — assez nombreux tout de même, puisqu’il, formaient plus d’une centaine de suffrages — qui résistèrent à toutes les tentations comme à toutes les menaces. Mais les autres ! Mon père me conta plus tard qu’un mois avant le scrutin, il était déjà fixé. Il sentait ses amis de la veille gênés et tremblants. La terreur régnait dans le département. On n’osait plus ouvrir la bouche. On n’osait risquer un geste. Et ceux qui, dans les