Page:Mérimée - Colomba et autres contes et nouvelles.djvu/27

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— Demander sa grâce, c’était l’avilir ! s’écria Orso.

— Et la tuer lui-même ! poursuivit miss Nevil. Quel monstre ce devait être !

— Vous savez qu’elle lui demanda comme une faveur de périr de sa main. Othello, mademoiselle, le regardez-vous aussi comme un monstre ?

— Quelle différence ! il était jaloux ; Sampiero n’avait que de la vanité.

— Et la jalousie, n’est-ce pas aussi de la vanité ? C’est la vanité de l’amour, et vous l’excuserez peut-être en faveur du motif ?

Miss Lydia lui jeta un regard plein de dignité, et, s’adressant au matelot, lui demanda quand la goëlette arriverait au port.

— Après-demain, dit-il, si le vent continue.

— Je voudrais déjà voir Ajaccio, car ce navire m’excède.

Elle se leva, prit le bras de sa femme de chambre et fit quelques pas sur le tillac. Orso demeura immobile auprès du gouvernail, ne sachant s’il devait se promener avec elle ou bien cesser une conversation qui paraissait l’importuner.

— Belle fille, par le sang de la Madone ! dit le matelot ; si toutes les puces de mon lit lui ressemblaient, je ne me plaindrais pas d’en être mordu !

Miss Lydia entendit peut-être cet éloge naïf de sa beauté et s’en effaroucha, car elle descendit presque aussitôt dans sa chambre. Bientôt après, Orso se retira de son côté. Dès qu’il eut quitté le tillac, la femme de chambre remonta, et, après avoir fait subir un interrogatoire au matelot, rapporta les renseignements suivants à sa maîtresse : la ballata interrompue par la présence d’Orso avait été composée à l’occasion de la mort du colonel della Rebbia, père du susdit, assassiné il y avait deux ans. Le matelot ne doutait pas qu’Orso ne revînt en Corse pour faire la vengeance, c’était son expression, et affirmait qu’avant