Page:Mérimée - Colomba et autres contes et nouvelles.djvu/47

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parents de la défunte, obligèrent le curé, en sortant de l’église, à prendre le chemin du bois ; d’autre part, le maire avec ses deux fils, ses clients et les gendarmes, se présenta pour faire opposition. Lorsqu’il parut et somma le convoi de rétrograder, il fut accueilli par des huées et des menaces ; l’avantage du nombre était pour ses adversaires, et ils semblaient déterminés. À sa vue, plusieurs fusils furent armés ; on dit même qu’un berger le coucha en joue ; mais le colonel releva le fusil en disant : Que personne ne tire sans mon ordre ! Le maire « craignait les coups naturellement » comme Panurge, et, refusant la bataille, il se retira avec son escorte : alors la procession funèbre se mit en marche, en ayant soin de prendre le plus long, afin de passer devant la mairie. En défilant, un idiot, qui s’était joint au cortège, s’avisa de crier vive l’Empereur ! Deux ou trois voix lui répondirent, et les rebbianistes, s’animant de plus en plus, proposèrent de tuer un bœuf du maire, qui, d’aventure, leur barrait le chemin. Heureusement le colonel empêcha cette violence.

On pense bien qu’un procès-verbal fut dressé, et que le maire fit au préfet un rapport de son style le plus sublime, dans lequel il peignait les lois divines et humaines foulées aux pieds, — la majesté de lui, maire, celle du curé, méconnues et insultées, — le colonel della Rebbia se mettant à la tête d’un complot buonapartiste pour changer l’ordre de successibilité au trône, et exciter les citoyens à s’armer les uns contre les autres, crimes prévus par les articles 86 et 91 du code pénal.

L’exagération de cette plainte nuisit à son effet. Le colonel écrivit au préfet, au procureur du roi : un parent de sa femme était allié à un des députés de l’île, un autre cousin du président de la cour royale. Grâce à ces protections, le complot s’évanouit, madame della Rebbia resta dans le bois, et l’idiot seul fut condamné à quinze jours de prison.