Page:Mérimée - Colomba et autres contes et nouvelles.djvu/72

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— Brandolaccio n’a point commis de crime, s’écria Colomba. Il a tué Giovan’ Opizzo, qui avait assassiné son père pendant que lui était à l’armée.

Orso détourna la tête, prit la lampe, et, sans répondre, monta dans sa chambre. Alors Colomba donna poudre et provisions à l’enfant, et la reconduisit jusqu’à la porte en lui répétant : « Surtout que ton oncle veille bien sur Orso ! »

XI.

Orso fut longtemps à s’endormir, et par conséquent s’éveilla tard, du moins pour un Corse. À peine levé, le premier objet qui frappa ses yeux, ce fut la maison de ses ennemis et les archere qu’ils venaient d’y établir. Il descendit et demanda sa sœur. — Elle est à la cuisine qui fond des balles, lui répondit la servante Saveria. Ainsi, il ne pouvait faire un pas sans être poursuivi par l’image de la guerre.

Il trouva Colomba assise sur un escabeau, entourée de balles nouvellement fondues, coupant les jets de plomb.

— Que diable fais-tu là ? lui demanda son frère.

— Vous n’aviez point de balles pour le fusil du colonel, répondit-elle de sa voix douce ; j’ai trouvé un moule de calibre, et vous aurez aujourd’hui vingt-quatre cartouches, mon frère.

— Je n’en ai pas besoin, Dieu merci !

— Il ne faut pas être pris au dépourvu, Ors’ Anton’. Vous avez oublié votre pays et les gens qui vous entourent.

— Je l’aurais oublié que tu me le rappellerais bien vite. Dis-moi, n’est-il pas arrivé une grosse malle il y a quelques jours ?

— Oui, mon frère. Voulez-vous que je la monte dans votre chambre ?

— Toi la monter ! mais tu n’aurais jamais la force de