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pagnon jusqu’à Djoulfa. Nous n’atteignons Délidjan qu’assez tard dans la nuit.


11 Septembre.

Ce matin, nous entamons la longue montée de Kiomiorlu au milieu de belles forêts de hêtres, où un brouillard intense et un froid piquant rappellent les Alpes. Au relais de Séménofka le maître de poste est, contre l’habitude, extrêmement prévenant : à titre d’étrangers, il nous fait même passer quelque peu avant notre tour.

Séménofka, ainsi que Golovino, Délidjan et presque toute la vallée de l’Akstafa, est peuplé de colonies de dissidents Malakhanys. Dix minutes après, le relais on arrive au col de Kiomiorlû[1]. Ce col forme la frontière géographique de l’Arménie ; l’Arménie, c’est un des buts de notre voyage et il nous semble qu’à franchir le col nous allons entrer dans un monde nouveau ; en effet le changement est frappant. Désormais plus de forêts, mais l’âpreté sauvage des montagnes arméniennes.

À nos pieds s’étend le lac de Sévanga[2] ; la descente se fait très rapidement, le lac étant lui-même à une grande altitude (1932 mètres — 6340 pieds anglais). Plus élevé que le Righi, entièrement entouré de montagnes volcaniques (sauf vers l’Ouest où affleure la roche porphyrique), le lac ne présente sur ses rives, ni un arbre pour reposer la vue, ni un village pour l’égayer, — je me trompe : sur la petite île de Sévanga poussent quelques peupliers, la merveille du pays.

  1. Je suis ici en présence de contradictions étonnantes : l’État-major russe et plusieurs voyageurs marquent Séménofka après le col (en allant vers Érévan) : or mon carnet de voyage montre qu’évidemment Séménofka est avant le col. Il porte en effet : Séménofka départ : 11,24. Haut, barom : Barom. A : S92 m/m. Barom. B : 597 "y Col… Arr. : 11,37. 589 ; 594.

    L’État-major russe donne au col une altitude de 7400 pieds soit 2171 mètres.

  2. Le lac de Sévanga est appelé en persan Deryachyryn (mer douce) les Arméniens l’appelaient autrefois Kegham, et les Russes le nomment Goktcha. C’est l’ancien Lychnites de Ptolémée. Dans les temps modernes, Chardin est le premier qui en parle « de visu », et jusqu’au commencement de ce siècle il est fréquemment confondu avec le lac de Van qu’on appelait aussi lac d’Aghtamar). Le Bruyn qui a fait son voyage bien après Chardin, ne parle pas du lac de Sévanga et confond le Kour et l’Araxe.