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LE CHANT DE L’ÉQUIPAGE

vie moderne et son entourage ; en réalité, il se plaisait à revivre les temps anciens avec une âme de parfait bandit, dans un abandon ingénu de sa personnalité réelle.

En pratique, Joseph Krühl était le plus brave homme de la terre, en imagination, il aspirait à égaler les exploits d’un Rackam ou d’un Morgan.

Les distractions que la Côte pouvait lui offrir se montraient suffisantes dans ces conditions.

Grand buveur, il tenait tête aux Bretons les mieux réputés et sa plus grande joie était de passer pour un être énigmatique aux yeux des étrangers qui venaient chercher chaque année les plaisirs congrus qu’il est normal de demander à une petite plage sans prétention.

Durant les mois de belle saison, l’hôtel Plœdac recevait une dizaine de clients, pour la plupart des artistes peintres, leurs amies et leurs modèles.

Krühl vivait à l’aise au milieu de cette colonie. Les jeunes femmes en jupes blanches et en chandail aux couleurs éclatantes l’appelaient : « mon oncle ».

L’argent dont il n’était point avare l’aidait à cueillir des roses, parfois les plus délicates, dont les épines ne se montraient pas cruelles.

Quand l’hiver venait draper ses ciels de désolation sur le paysage familier, Joseph Krühl n’abandonnait pas l’hôtel Plœdac. Il vivait