Page:Mac Orlan - Le Chant de l’équipage.djvu/28

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Les trois hommes jouèrent jusqu’à la tombée de la nuit, selon les rites. Krühl injuria savamment Pointe, qui laissa tomber ses sarcasmes sur la tête hilare de Bébé-Salé. Un coup mal joué du fait de ce dernier arrêta la partie. Les trois hommes étaient pâles de colère. Les mains de Krühl tremblaient quand il serra celles de Bébé-Salé.

― Il devait jeter sa femme, dit-il à Pointe quand Bébé-Salé eut pénétré dans une chaumière sordide où il vivait avec sa vieille sœur Adélaïde,

Il en était ainsi chaque fois que Krühl, Pointe et Bébé-Salé jouaient aux cartes. Et comme ils sacrifiaient chaque jour à cette passion, le crépuscule de la nuit les renvoyait chacun à leur foyer, la face pâle et les idées hostiles. La nuit dissipait ces quelques nuages.

En arrivant chez Plœdac, Krühl demanda :

― Il est là, l’oiseau ?

― Oh ! monsieur Krühl, c’est un monsieur bien comme il faut, répondit Mme Plœdac, et bien savant. Il paraît qu’il est médecin, mais qu’il écrit aussi des livres. Ça vous fera une société.

― Où le mettez-vous ? demanda Pointe agressif.

― Voilà, monsieur Pointe, je voulais vous demander d’avoir la gentillesse de me céder votre chambre. Ce monsieur ne restera pas longtemps et vous pourrez la reprendre tout de