Page:Maeterlinck - Les Morts ne meurent pas, paru dans Le Figaro, 29 août 1915.djvu/3

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Depuis plus de douze mois, sur tous les champs de bataille, où les plus braves, les plus sincères, les plus ardents et les plus dévoués meurent nécessairement les premiers, et où les moins courageux, les moins généreux, les faibles, les malades, les moins désirables, en un mot, ont seuls quelque chance d’échapper au carnage, s’opère une sorte de monstrueuse sélection à rebours qui semble méthodiquement poursuivre la ruine de l’espèce. Et l’on se demande avec inquiétude quel sera l’état de la terre après la grande épreuve, et ce qu’il restera et ce qu’il adviendra d’une humanité décapitée et diminuée de tout ce qu’elle avait de plus haut et de meilleur.