Page:Magre – Conseils à un jeune homme pauvre qui vient faire de la littérature à Paris, 1908.djvu/44

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Veille pendant cette minute à ce qu’on ne t’aperçoive pas de la rue. Mais ce serait un bien grand hasard si Mlle Sorel ou la comtesse de Noailles passaient justement par là et regardaient à travers les carreaux.

Tu entreras dans le monde, ivre de fierté et tremblant de peur. Tu t’émerveilleras d’abord, que tout aille si bien, que tu puisses saluer avec autant d’élégance, être présenté à des gens importants, prononcer des paroles suffisantes, serrer la main à droite et à gauche. Le sourire de la maîtresse de maison aura eu l’air de te marquer une estime particulière. La médiocrité incroyable des propos que tu entendras te rassurera peu à peu, te rendra l’estime de toi-même perdue dans la détresse du début.

Alors, tu verras, dans un coin, un homme semblable à toi, mais plus modeste, plus timide, plus épouvanté, avec un habit frère du tien. Son œil triste, son attitude gênée, quelques mots prononcés à voix basse sur l’extrême chaleur, mendieront une parole de toi. Tu pourrais lui donner ce que tu cherches toi-même, un appui, le sentiment qu’il n’est pas absolument seul. Mais non ! dans ta folie orgueilleuse, tu le mépriseras, tu pactiseras avec les hommes élégants, aux nœuds de cravates impeccables, avec la foule des ennemis.

Plein de ta confiance en toi retrouvée, tu feras quelque démarche hardie, tu traverseras le salon, tu aper-