Page:Magre – Conseils à un jeune homme pauvre qui vient faire de la littérature à Paris, 1908.djvu/54

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Sa maison est une misérable maison ouvrière. C’est sa femme qui vient ouvrir la porte et elle regarde anxieusement celui qui arrive comme si on venait l’arrêter. Le philanthrope est derrière un petit bureau ; il est mal vêtu et mal rasé ; il demande sévèrement au visiteur ce qu’il veut.

Tu crains de t’être trompé, tu balbuties, tu parles confusément d’un emprunt possible. Alors l’homme sourit ; il a vu d’un coup d’œil que tu es honorable, il comprend que tu as de l’avenir ; il demande de quelle somme tu as besoin. Tu dis un chiffre ; cinq cents francs par exemple. Il rit aussitôt parce que c’est une toute petite somme très facile à prêter.

Tu le suis des yeux ; l’argent est là dans un tiroir, il va te le donner tout de suite. Quel philanthrope !

Il te promet en effet de te le donner, mais dans trois jours seulement. Il a une absolue confiance en toi mais les affaires sont les affaires. Il faut qu’il ait d’ici là une fiche de renseignements ; c’est une simple formalité, l’usage de la maison. Les frais de cette fiche que donne une agence sont à la charge de l’emprunteur, bien entendu. Tu trouves cela trop légitime et tu lui donnes avec joie une somme qui varie entre trois et quinze francs. Vous vous quittez les meilleurs amis du monde et il doit t’écrire le surlendemain.

Tu n’en entends plus jamais parler. Si tu en conçois quelque regret, console-toi en songeant que le