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chap. 7.
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MULTIPLICATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES.


dre de dégénération dans la race ainsi améliorée, cette amélioration étant progressive, et le résultat immédiat de causes qui existent toujours ; enfin, on jouit à mesure de l’effet de chaque amélioration introduite dans le régime alimentaire.

Qu’on ne craigne pas, du reste, que ce mode de procéder soit trop lent. L’effet de l’insuffisance, aussi bien que de l’abondance de la nourriture sur la taille des animaux se remarque de la manière la plus sensible dès la première génération. J’ai vu en Lorraine, entre autres à Roville, des produits de la petite et chétive race de bêtes à cornes du pays, avoir, à 12 ou 13 mois, plus de taille que leurs parens, et cela, par le fait seul de la nourriture. M. Yvart, directeur d’Alfort, vient d’obtenir des résultats plus remarquables encore, avec de petites bêtes de Waz.

On a objecté, notamment pour les chevaux, que l’augmentation de la taille, lorsqu’elle était due seulement à la nourriture, avait ordinairement pour résultat de gâter les formes, et de rendre les animaux ventrus, lourds et empâtés. Cette objection, généralisée, est sans fondement ; elle ne peut s’appliquer tout au plus qu’à une seule espèce d’aliment, les fourrages verts. Une nourriture sèche, peu volumineuse et substantielle, comme par exemple les grains, tout en augmentant la taille autant et plus que les fourrages verts, bien loin d’avoir l’inconvénient en question, est au contraire un moyen puissant de le faire disparaître, et cela non-seulement dans une race, mais encore chez l’individu isolé. Pendant mon séjour en Saxe, j’ai eu fréquemment l’occasion de voir les chevaux à demi sauvages de la Podolie et de l’Ukraine, qu’on amenait en grandes troupes pour la remonte d’une partie de la cavalerie saxonne. Ces animaux qui, jusque-là, avaient vécu sans aucun soin et en pleine liberté, étaient d’un aspect véritablement repoussant, et je ne pouvais d’abord assez m’étonner que l’on payât 25 à 30 louis pièce des rosses pareilles. Mais au bout d’un mois, mon étonnement fut plus grand encore en revoyant ces mêmes chevaux. Leur poil long et hérissé, leurs formes défectueuses avaient disparu, et beaucoup d’entre eux auraient pu figurer à côté des plus beaux chevaux de selle au bois de Boulogne ou à Longchamps. Les Anglais disent avec raison que la taille d’un cheval est dans le sac à avoine. Ce n’est pas, en effet, par le jeûne qu’ils sont parvenus à faire des chevaux de 10 à 12 pouces avec des étalons arabes de 3 à 4. Or, la sécheresse des formes de leurs chevaux fins prouve, mieux que tous les argumens, le peu de fondement de l’opinion citée plus haut.

Plusieurs auteurs se sont basés néanmoins sur cette opinion pour conseiller le croisement avec des étalons étrangers de grande taille, comme le seul moyen convenable d’augmenter la taille des petites races indigènes, ou du moins comme devant toujours accompagner l’augmentation de la taille par le fait de la nourriture. L’expérience n’a point sanctionné ce principe ; tous les faits oui, au contraire, prouvé que la taille dépendait beaucoup plus de la mère que du père, et qu’ensuite, s’il y avait inconvéniant à croiser deux races très-dissemblables, c’était surtout le cas lorsque les mâles appartenaient à une grande race, les femelles à une petite. Les produits qui en résultent sont décousus et disproportionnés dans leurs formes. Certaines parties du corps tiennent du père pour la grandeur ; d’autres se ressentent de l’étreinte qu’elles ont éprouvée dans l’étroit bassin de la mère. Cette dernière court aussi beaucoup de danger dans le part. On a observé qu’il y avait même presque toujours de l’avantage à employer des mâles un peu plus petits que les femelles. On obtient ainsi des animaux bien conformés et ordinairement plus grands que leurs pères. Les mulets et les bardeaux sont des preuves bien évidentes en faveur de cette théorie : les premiers, issus d’un baudet et d’une jument, sont toujours beaucoup plus grands que leurs pères, souvent même plus grands que leurs mères, et ont presque la conformation extérieure de ces dernières, tandis que les bardeaux, qui résultent de l’accouplement d’un étalon avec une ânesse, sont à peine plus grands que leurs mères, ont des formes décousues et sont paresseux. Aussi la production de ces animaux, production qui, sans ces inconvéniens, eût été si avantageuse, n’a-t-elle lieu nulle part eu grand. En Suisse, le taureau est souvent le plus petit animal du troupeau.

[7.2.8]

§ VIII. — Accouplement consanguin.

Dans l’amélioration d’une race on est souvent obligé d’opérer l’accouplement entre individus de la même famille, c’est ce qu’on appelle l’accouplement consanguin.

Les opinions sont très-partagées sur les effets de cet accouplement prolongé. Les uns prétendent qu’il conduit infailliblement à la dégénération. Les autres, parmi lesquels on compte le célèbre Backwell et d’autres bons éleveurs anglais et allemands, tout en accordant qu’il y a dégénération par l’exagération de certains défauts, lorsque ces défauts prédominent dans les individus de la même famille que l’on veut accoupler ensemble, sont d’avis, néanmoins, qu’il n’y a point dégénération par le fait seul de l’accouplement consanguin (que les Anglais nomment in and in et les Allemands Inzucht), et que l’on ne doit par conséquent pas craindre de l’employer toutes les fois que la famille appartient à une race bien constante et est exemple de défauts spéciaux à tous ses membres et prédominans. On ne doit donc faire attention qu’à la perfection des animaux reproducteurs, surtout pour le but que l’on se propose d’atteindre, et choisir le plus parfait, qu’il soit parent ou étranger. De part et d’autre on présente des faits, de sorte que la question est encore en suspens ; toutefois, le plus grand nombre parait être en faveur de l’accouplement consanguin. C’est ainsi que se sont formés et que se forment encore chez un grand nombre de petits et de moyens propriétaires les troupeaux de métismérinos : le bélier mérinos, qui a servi à produire les métis de première génération, sert encore à produire ceux de seconde avec ses filles, et ceux de troisième avec ses petites-filles, etc. ; et on n’a pas éprouvé d’inconvenient de cette méthode d’opérer, mais on en